Territoire: Nation Stó:lō / C.-B.

Population: 8 000 et plus (24 villages)

Langue: Halkomelem

Nation Stó:lō

EAISC de Stó:lō

L’Équipe autochtone d’intervention et de soutien en cas de crise (EAISC) de la nation Stó:lō a été créée pour sensibiliser davantage les communautés de Stó:lō au suicide, favoriser la collaboration et le réseautage avec les autres services et renforcer les efforts d’intervention en cas de crise. Son objectif est d’aider les aidants naturels à perfectionner leurs connaissances et méthodes pour augmenter l’efficacité des stratégies de prévention du suicide auprès des jeunes, et à donner à ces derniers de la résilience, un sens et un but dans la vie.

J’avais perdu un être cher et je vivais mon deuil. Aider les autres m’a aidée. On ne le fait pas pour soi, mais pour les générations futures. Si on ne le fait pas, ça se perdra.

Roxanne George

Détail des activités

Le programme EAISC fait partie des programmes offerts par l’Agence de services Stó:lō dans le cadre de son offre de services de mieux-être. L’EAISC de Stó:lō a vu le jour grâce aux initiatives de prévention du suicide dirigées par des membres du personnel de la santé de Stó:lō et a évolué au cours des six dernières années en fonction des besoins de la communauté. Le programme est dirigé et livré par un coordonnateur rémunéré et un employé qui au début était à temps partiel, mais maintenant à temps plein. Ensemble, ils ont supervisé une vingtaine de membres bénévoles de la communauté possédant des forces, antécédents et compétences diversifiés. Les membres de la communauté sont recrutés en fonction de leurs aptitudes, rôle et participation au sein de leur communauté, ainsi que de leur connaissance et respect de la culture Stó:lō. Voici ce que confie Jenz Malloway, la coordonnatrice du programme, à propos du recrutement des membres de l’EAISC : « En grande partie, ce que nous faisons, c’est dire aux gens que leurs talents ne passent pas inaperçus ».

En plus d’organiser et de soutenir des activités annuelles pour sensibiliser les gens au suicide et au deuil, l’équipe surveille l’occurrence des pertes tragiques sur le territoire, évalue les risques de suicide et fait la promotion de ressources de toutes sortes, incluant des ressources professionnelles, culturelles et personnelles. Comme les bénévoles de l’EAISC sont des membres de la communauté, ils sont présents pour soutenir les personnes touchées, dans le respect du leadership familial, communautaire et culturel qui traditionnellement entoure les familles endeuillées de la nation Stó:lō. Le travail de postvention consiste à surveiller les lacunes sur le plan des services, à fournir du soutien au cours des quatre premiers jours suivant la mort (avant les funérailles) et à tenir une réunion d’information avec les intervenants. Du counselling et du soutien culturel sont offerts aux survivants après les funérailles. À plus long terme, un suivi est effectué à chaque date anniversaire de l’événement, et ce pendant quatre ans, au terme desquels les familles tiennent une cérémonie commémorative.

Pour l’équipe, les relations et les enseignements culturels authentiques sont essentiels et au cœur de son action. Ramona Valenzuela confie que la plupart du temps, ce sont les membres de la communauté qui viennent vers eux, et non l’inverse : « Si des gens veulent se confier à nous, eh bien ils connaissent déjà notre visage et savent qu’ils ne seront pas un poids pour nous et qu’ils ne nous feront pas peur. »

Siyó:ye, en halkomelem, se traduit à peu près par « ami membre de la famille ». Jenz qui utilise ce terme depuis que jeune étudiante elle l’a appris de ses aînés, s’est rendu compte qu’il décrivait avec justesse les relations avec l’EAISC. La confiance et l’engagement inconditionnels qu’implique le terme Siyó:ye sont au cœur de l’action et de la raison-d’être de l’EAISC de Stó:lō. L’expression « ami membre de la famille » incarne la vision de l’EAISC pour ses amis, voisins, tantes et cousins qui contribuent au programme en tant que bénévoles. On croit fermement que les « aidants naturels » qui proviennent du milieu peuvent aider les personnes qui pourraient être réticentes à se prévaloir des services, ou ignorer l’aide disponible dans le réseau. Siyó:ye englobe les bénévoles anciens et potentiels que l’on garde à l’esprit pour les occasions de formation et de bénévolat, le cas échéant.

Lors de sa création en 2011, le programme EAISC offrait des formations accréditées (comme ASIST, SafeTALK, Intervention en cas de crise, et Premiers soins en santé mentale). Au fil des ans, Jenz a autochtonisé et adapté les modèles de formation, tout en continuant à faire la promotion des offres de formation disponibles. Les ateliers élaborés par l’EAISC continuent d’appliquer les approches standard de formation en prévention du suicide et en intervention en cas de crise, mais ces approches ont été enrichies par les enseignements propres à la nation Stó:lō et adaptées afin de mieux refléter les pratiques culturelles, la sagesse et les réalités des bénévoles et des participants au programme. À titre d’exemple, les critères pour l’âge des participants sont pris en compte au cas par cas et sur demande, et le contenu et la durée des séances de formation sont ajustés pour les rendre accessibles à un large éventail d’âges et de styles d’apprentissage.

Pour l’EAISC, chaque personne possède un don qu’il faut cultiver et a la responsabilité d’aider les autres à découvrir le leur. Les dons sont ces forces incomparables qui soutiennent la vie et habilitent les gens à participer activement à leur propre bien-être. À S’ohl Temexw, les membres de la communauté partagent leurs dons pour transformer la survie en récits d’espoir et de résilience.

Ce qui caractérise la vision du monde de l’EAISC, c’est la profonde compréhension culturelle et spirituelle de ce que représente la mort pour les communautés des Premières Nations. Cela suppose la reconnaissance d’une connexion avec le Monde des Esprits et des Ancêtres, ce qui parfois peut réconforter les personnes qui songeraient à s’enlever la vie; cela nécessite aussi un dialogue franc et ouvert qui s’appuie sur des pratiques culturelles et spirituelles qui prônent la vie. Dans toutes ses actions, l’EAISC fait la promotion de la sensibilisation et de la reconnaissance des pratiques exemplaires dans les domaines de la prévention, de l’intervention et de la postvention en cas de suicide, dans le respect de la dynamique traditionnelle des communautés de Stó:lō. Le programme EAISC encourage les membres de la communauté à apprécier la valeur des ressources professionnelles, communautaires et personnelles disponibles et à en faire un usage optimal.

Pour Stó:lō, comme dans bien d’autres communautés rurales, la coutume veut qu’à la perte d’un membre de la collectivité, il y ait une forme de manifestation collective : les réseaux d’amis, les nombreuses relations, et les modes de communication informels font que bien des personnes sont touchées par la perte d’un seul des leurs. Cette dynamique comporte aussi certains avantages : de solides relations et réseaux, des facteurs de protection culturels, et la disponibilité d’aidants naturels sont autant d’atouts quand on perd un proche. L’EAISC de Stó:lō reconnaît ces forces, les incarne et travaille avec elles, tout en tenant compte des réalités culturelles des membres de la communauté et en soutenant ceux-ci.

Lorsqu’une demande d’intervention formelle ou informelle est activée, divers membres de l’équipe assument des fonctions différentes selon leurs dons et talents naturels ou acquis. En voici quelques-exemples : messager, soutien à l’équipe, soutien aux réseaux sociaux, transport, et plus encore. L’équipe peut aider la famille à prendre des arrangements funéraires, organiser une célébration de la vie, rédiger une annonce ou un avis de décès, obtenir l’aide financière disponible, remplir les papiers, fournir de la nourriture et prêter assistance de diverses façons pour diminuer le stress et le traumatisme du suicide.

Modèle accrédité conventionnel / Modèle Stó:lō adapté

Les fondements culturels des pratiques de l’EAISC de Stó:lō sont : (1) Sqwelqwel (histoires personnelles et familiales), et (2) Sxwoxiyem (avant la mémoire). Les adaptations du modèle accrédité d’intervention en cas de crise de l’EAISC se basent sur la structure des relations communautaires, comme suit :

Recrutement

Soutien à la guérison, à la croissance personnelle et au perfectionnement professionnel du membre.

Paraprofessionnels

Aidants naturels et leaders communautaires, familiaux et culturels.

Forces

Réalisation des dons reçus du Créateur.

Séances

Modèle d’action « De la parole aux actes ».

Récits de survivants

Sqwelqwel.