Changements systémiques

pour la promotion de la vie
Ce Guide pour le changement systémique est conçu pour ceux occupant des postes décisionnels (et autres influenceurs de systèmes) qui désirent réduire les obstacles empêchant l’accès aux services et faire valoir le bon travail effectué dans plusieurs communautés des Premières Nations. Mais ce n’est pas tout : cela s’adresse à chacun. Nous faisons tous partie de systèmes dans lesquels nous nous trouvons et le changement exige la participation à tous les niveaux.
Des changements sociaux, politiques et économiques sont nécessaires pour favoriser et assurer le mieux-être individuel, familial et communautaire. Des approches intégrées axées sur la culture et la communauté pour la promotion de la vie et la prévention du suicide sont reconnues comme étant les plus prometteuses.
Afin de rectifier les désavantages persistants et bien documentés auxquels font face la jeunesse des Premières Nations en matière de santé, d’éducation et au niveau social, une action concertée est nécessaire chez les Premières Nations, les prestataires de services, les dirigeants gouvernementaux, les bailleurs de fonds, les porte-paroles, les décideurs politiques et les jeunes eux-mêmes. Des changements systémiques percutants se produisent lorsque des initiatives provenant de la base, de la communauté, viennent à la rencontre des décisions politiques et financières. Le changement systémique peut provenir de l’intérieur et de l’extérieur du système actuel.

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Le changement systémique nécessite la sécurisation culturelle.

On a défini la sécurisation culturelle comme étant « un résultat fondé sur un engagement respectueux qui reconnaît les déséquilibres de pouvoir inhérents au système de santé et s’efforce de les redresser.
Il en résulte un environnement exempt de racisme et de discrimination, où les gens se sentent en sécurité lorsqu’ils reçoivent des soins de santé »
(BC’s First Nations Health Authority, n.d.)

La sécurisation culturelle n’est pas une activité isolée mais bien un engagement éthique et une série d’actions faisant explicitement partie de tout ce que nous faisons. Le fait de comprendre la sécurisation culturelle comme fil conducteur réduira la probabilité de poursuivre une approche fragmentée des changements systémiques.

Nous avons cerné cinq recommandations pertinentes pour les responsables des pratiques et des politiques, incluant les bailleurs de fonds (fondées directement sur la référence en bas-de-page). Ces recommandations se concentrent sur des approches pouvant (a) promouvoir la guérison et restaurer la confiance à la suite du colonialisme, et (b) aborder les inégalités actuelles dans les services offerts aux jeunes et autres individus des Premières Nations :

1. Reconnaître l’importance capitale des connaissances et pratiques autochtones

Plusieurs politiques et programmes dans leur forme courante portent atteinte aux connaissances et pratiques autochtones et ce, de manière explicite.  Cela se produit de plusieurs façons, en lien avec des éléments tels que : le contenu, la structure, la langue, les valeurs et présomptions sous-jacentes, les pratiques d’embauche, et plus encore.

Pour qu’un changement systémique soit significatif et sécurisant sur le plan culturel, les connaissances et pratiques autochtones doivent être centrées dès le départ.  C’est seulement cette reconnaissance qui permettra aux autres recommandations d’avoir un impact important.

2. Traduire cette reconnaissance dans un soutien tangible et significatif pour les guérisseurs traditionnels, les praticiens culturels, les Aînés, les jeunes et autres gardiens du savoir.

Tel que recommandé par Goodkind et al. (2010), les systèmes de santé devraient :

  • Reconnaître et soutenir les guérisseurs traditionnels et autres leaders culturels et gardiens du savoir en tant que prestataires de services.
  • Élargir les mécanismes de remboursement pour ceux-ci, en fonction de leur travail et leurs connaissances.
  • Fournir du soutien pour des programmes qui remplissent une fonction préventive par le biais de la connexion culturelle et communautaire, et pour des programmes qui font un lien entre la prévention et le traitement.
  • D’accorder l’importance dorénavant à la preuve basée sur la pratique plutôt qu’à la pratique basée sur la preuve, ce qui permet de valoriser des façons de faire uniques et enracinées dans la culture pour une promotion légitime de la santé.

3. Comprendre et s’engager envers les étapes vers la sécurisation culturelle - aux niveaux personnel et organisationnel.

La sécurisation culturelle est la résultante d’engagements continus et à l’échelle d’une organisation pour faire les choses différemment. La Thunderbird Partnership Foundation (2020) fournit une trousse qui décrit les étapes à suivre vers la sécurisation culturelle. Celles-ci comprennent :

  • L’humilité culturelle : « L’humilité culturelle comprend un certain nombre de composantes importantes telles que l’autoréflexion, la volonté d’apprendre de la part du client, l’établissement d’une relation et le concept de l’apprentissage continu. (…) De plus, l’humilité culturelle assure un style de communication moins contrôlant et autoritaire avec le client. » (p. 21)
  • Réflexion critique : Ceci comprend « non seulement d’être sensibilisé sur le plan de la culture ou de pratiquer la tolérance et remettre en question ses propres présupposés culturels, ses valeurs et ses croyances. » (p. 22)
  • La sensibilisation culturelle : « La résultante de cette étape serait la capacité d’identifier les connaissances à la fois occidentales et autochtones, et trouver des moyens pour les intégrer à la pratique. Cette étape a un impact sur la sensibilité culturelle puisqu’elle repère ce que la culture signifie dans chacune des perspectives. » (p. 22)
  • La sensibilité culturelle : « Les travailleurs de la santé devraient reconnaître les visions du monde culturelles et modifier les approches et pratiques culturelles pour s’adapter aux visions du monde culturelles de leurs clients. … [Ils] devraient être inclusifs et tenir compte des réalités culturelles de leurs clients plutôt que de réagir avec leurs suppositions. » (p. 22)
  • La compétence culturelle : Cette étape intègre la compréhension de l’histoire, du contexte et des relations de pouvoir – incluant les impacts de traumatismes historiques. Elle implique d’apprendre à connaître la culture des clients, et de mettre l’accent sur les connaissances et pratiques qui sont importantes pour eux. Elle met l’autodétermination au centre, appuie la revitalisation culturelle et favorise la décolonisation. (p. 23)
  • La réciprocité : « La réciprocité c’est d’établir les relations entre le client, le praticien en soins de santé, la famille et la communauté. » On doit investir dans ces relations de façon significative (en temps, et en ressources humaines et financières), qui devraient se produire au niveau communautaire. (p. 23)
  • La sécurisation culturelle : C’est à ce stade-ci seulement que la sécurisation culturelle peut débuter. « La sécurisation culturelle est déterminée exclusivement par le client. Elle va au-delà de la relation entre le fournisseur de soins de santé et le client pour s’assurer que l’environnement de soins de santé est aussi adapté à la culture. » (p. 24)

4. S'engager dans des efforts de micro-réconciliation afin de créer les conditions structurelles nécessaires en appui à la sécurisation culturelle.

Comme il est clairement établi dans les étapes ci-dessus, la sécurisation culturelle constitue une responsabilité collective. Tait, Mussel et Henry (2019) maintiennent que le changement au niveau organisationnel est une condition essentielle pour que des changements structurels plus élargis soient efficaces et durables, sans provoquer davantage de préjudices. Ces auteurs soutiennent que la micro-réconciliation appuie la création de « parcours institutionnels visant à habiliter tous les niveaux de direction et les employés » (p. 26), en établissant trois étapes vers la micro-réconciliation :

  • « La reconnaissance en contexte local de l’ampleur et de l’impact des traumatismes et injustices subis par les peuples autochtones » (p. 28);
  • Le témoignage, qui requiert que « les travailleurs du secteur des services sociaux soient l’œil et la voix moraux … dans les contextes locaux et quotidiens » de leur travail (p. 30); et
  • « Le courage moral de nommer et de parler de ce que l’on sait être vrai » (p. 31) parce que, inévitablement, cela « nous lancera dans une discussion morale quant à ce qui est important dans l’établissement collectif de systèmes qui ne sont pas discriminatoires envers les peuples autochtones » (p. 32).

Ce genre de travail « peut seulement se faire ensemble, les peuples autochtones étant la force motrice derrière le changement ». (p. 32) La micro-réconciliation est une condition essentielle à l’engagement pris à l’échelle nationale envers la réconciliation, et elle est une condition essentielle pour traiter des écarts en santé qui perdurent dans ce pays en raison des iniquités systémiques persistants.

5. Créer des façons pour que le travail effectué sur le terrain et dans les communautés fasse partie des discussions lorsqu’il est question de décisions en lien avec les politiques et le financement.

Les possibilités sont illimitées!  Ce site web présente les expériences de plusieurs communautés et initiatives qui sont de très bons exemples, et le Guide d’intervention pour les communautés rassemblent des apprentissages essentiels pour chacune de ces expériences.

S’assurer que la jeunesse autochtone soit au centre de toute discussion les concernant – incluant au niveau des systèmes – demeure crucial pour des changements significatifs. Voir « We Matter – Nous comptons » ci-dessous pour davantage d’information.

La campagne We Matter donne des exemples de gens ordinaires – des jeunes, des enseignants et des membres de communautés – qui jouent un rôle essentiel dans le changement d’orientation des systèmes, vers l’espoir, le sentiment d’appartenance et un but dans la vie. We Matter est un organisme autochtone national dirigé par des jeunes et qui se consacre au soutien, à l’espoir et à la promotion de la vie des jeunes autochtones.

Cette campagne est un exemple unique d’une initiative communautaire qui reconnaît la nécessité pour quelque chose de nouveau, mobilise du soutien provenant de plusieurs secteurs et sites, et utilise les médias numériques pour donner une visibilité au travail.

Il peut être important de trouver l’espace dans notre système où nos propres dons sont utiles. Cela nous permet de donner là où ça compte et à la mesure de nos capacités – tout en nous énergisant, faisant en sorte que nous sommes moins susceptibles d’être fatigués, exténués ou cyniques.

De trouver des façons d’expérimenter nos contributions en lien avec le travail d’autrui – où les autres ayant des dons et des talents différents des nôtres font une différence aussi – peut également nous aider à reconnaître nos actions comme une partie intégrante au changement systémique et susciter un sens de possibilité et de solidarité.

We Matter fournit des outils concrets pour les jeunes et les enseignants, pour passer à l’action et participer aux discussions :

 

« Notre travail le plus important est à l’interne, et les types de transformations que nous sommes contraints de faire, les types d’alternatives que nous sommes contraints de reproduire, sont profondément systémiques. »

Leanne Betasamosake Simpson, 2017. (p. 6)
Si vous vous trouvez dans une position décisionnelle (ou toute autre position d’influence), de quelles façons pouvez-vous vous assurer que votre travail est orienté de manière significative par les perspectives des jeunes autochtones et membres de la communauté les plus touchés? Si vous êtes touché par le suicide et/ou engagé envers la promotion de la vie, comment trouver votre place dans les processus de changement systémique afin de partager vos connaissances en appui aux efforts plus élargis.

Le changement systémique pour la promotion de la vie exige un engagement à plusieurs niveaux et la voix des jeunes doit être central. Heureusement, plusieurs sont enthousiastes à l’idée de prendre part à la discussion :

Le fait de comprendre comment les politiques et pratiques sont connectées à un niveau systémique peut nous aider tous collectivement dans la création de conditions favorisant la sécurisation culturelle qui, en retour, soutiennent et entretiennent des pratiques éclairées pour la promotion de la vie dans les communautés des Premières Nations.

Références :

Betasmosake Simpson, L.  (2017).  As we have always done: Indigenous freedom through radical resistance.  Minneapolis, MN: University of Minnesota Press.

Goodkind, J.; Ross-Toledo, K.; John, S.; Hall, J.; Ross, L.; Freeland, L.; Coletta, E.; Becenti-Fundark, T.; Poola, C.; Begay-Roanhorse, R.; & Lee, C.  (2010).  Promoting healing and restoring trust: Policy recommendations for improving behavioural health care for American Indian/ Alaska Native adolescents. American Journal of Community Psychology, 46, 386-394.

Tait, C.; Mussell, W.; & Henry, R.  (2019).  Micro-reconciliation as a pathway for transformative change.  International Journal of Indigenous Health, 14(2), 19-38.

Thunderbird Partnership Foundation.  (2020).  Culturally Safe Toolkit for Mental Health and Addiction Workers.  Repéré le 16 mars 2020 à https://thunderbirdpf.org/working-with-first-nations-people-culturally-safe-toolkit-for-mental-health-and-addiction-workers/?lang=fr

We Matter.  (2020).  Campagne We Matter.  Repéré le 16 mars 2020 à https://wemattercampaign.org/